SUR LES PAS DES SAUNIERS HYEROIS

C’est certainement depuis l’antiquité que l’on a récolté le sel du côté de Hyères, dans de petites exploitations à l’est de la cité : les « vieux salins d’Hyères ». Au cœur du fameux tombolo de la presqu’île de Giens un salin plus récent, dit « des Pesquiers » a attiré notre attention en ce jour d’avril 2024. Partons ensemble à sa découverte…

La demande en sel augmentant au XIXème siècle, des étangs consacrés jusque-là à la pêche (en provençal un pêcheur se dit « pescadou ») sont transformés en 1848 par la famille Gérard en salins. Puis la compagnie des salins du Midi les rachète en 1967, le site des Pesquiers devient alors le plus important de Hyères, celui des Vieux salins étant mis au repos. La production annuelle était d’environ 20000 tonnes.
En 1995 l’activité de tous les salins de la presqu’île s’arrête définitivement pour des raisons économiques.
Le conservatoire du littoral en devient propriétaire et l’agglomération TPM en assure la gestion : le but est d’optimiser le patrimoine écologique tout en assurant un accueil raisonné du public.

La récolte du sel : des conditions naturelles particulières, un long processus et de la technique

Le principe est basé sur l’évaporation de l’eau de mer : un salin nécessite une zone lagunaire, un fort ensoleillement et un vent dominant (le Mistral en l’occurrence) : Les Pesquiers répondent pleinement à ces conditions !
L’eau de mer, captée par un canal appelé le « gras » (« grau » en provençal) pénètre par gravité et circule dans des bassins où elle va être stockée et s’évaporer.
Son taux de salinité va passer dans un premier temps de 29g/litre à 50g/litre. A l’aide de pompes elle est ensuite envoyée vers d’autres bassins appelés « partènements » où son taux de salinité atteint puis dépasse 110g/litre !
Peu à peu l’eau s’évapore et, arrivée au bassin dit de « tête », elle est « saturée » en sel, son taux est alors passé à 260g/litre !
Le saunier va alors procéder à la récolte sur une couche de sel d’environ 10 cm d’épaisseur.
Stocké en tas, les « camelles », le sel sera ensuite conditionné et expédié. L’eau restante est rejetée à la mer. Le sel récolté aux Pesquiers était essentiellement à usage industriel.
Le processus se déroulait chaque année de mars à août et l’eau parcourait ainsi 10 km.
Tout au long de notre visite, nous découvrons les anciens bâtiments des sauniers, parfaitement conservés, les portes « martelières », les pompes et enfin le « tympan », sorte de gigantesque roue de 5 m de diamètre, aux pales hélicoïdales : il permettait, avant l’installation des pompes actuelles, d’élever l’eau de 1 m et arroser les zones à irriguer. Il n’en reste plus qu’un seul exemplaire en France

Les sauniers, des hommes et des femmes au dur labeur, venus en saison du Piémont

La main d’œuvre saisonnière (300 personnes environ) venait essentiellement du Piémont, hommes et femmes confondus ; tout, récolte et transport, était manuel au début du XIX -ème siècle : le sel était transporté en couffins, mis en tas (« moulons » en provençal), puis on l’emportait par brouettes pour constituer les camelles. Imaginez les femmes, leurs robes longues empesées par l’eau et le sel sous le soleil ardent !!
L’arrivée du chemin de fer en 1912 mécanise le transport puis en 1945 la récolte l’est aussi.

Les anciens bâtiments

550 hectares classé Natura 2000

Aujourd’hui le site est rendu à la nature ; il est classé Natura 2000. Les 550 hectares des Pesquiers constituent un habitat propice à une faune variée : 321 espèces d’oiseaux y ont été observées : échassiers, rapaces, passereaux…certaines hivernantes, d’autres migratrices. La star incontestée en est le flamand rose (jusqu’à1800 en août et septembre).


Des parcours balisés permettent d’apprécier le paysage tout en respectant la flore protégée : 300 espèces recensées : le lys de sables, l’ail petit Molly, l’euphorbe, le tamaris africain, la salicorne au goût salé et bien d’autres…

Alors, faites comme nous : venez sur les pas des anciens sauniers admirer le paysage, les anciens bassins teintés de rose, les oiseaux, les plantes. Vous en reviendrez la tête emplie de couleurs, de sons, d’odeurs et de souvenirs.

Elisabeth Puissant