Séverine : l’histoire d’une femme libre :
Saviez-vous qu’à La Seyne-sur-Mer, une place porte le nom de Séverine ? Et qu’à Saint-Mandrier-sur-Mer, c’est un quai qui lui rend hommage. Deux lieux du quotidien, souvent traversés sans y prêter attention, mais qui racontent pourtant une histoire bien plus vaste : celle d’une femme libre, journaliste, féministe et figure majeure de la Belle Époque.
Cette question, simple en apparence, est à l’origine d’une enquête menée par Larck Maack, membre de l’association Histoire et Patrimoine Seynois. Intriguée par ces toponymes discrets, elle a voulu comprendre : qui était cette Séverine à qui l’on a donné une place, un quai, un nom inscrit dans l’espace public ?
Un fil tiré… jusqu’à la Belle Époque :
En remontant le fil, la chercheuse se heurte rapidement à une évidence : Séverine n’est pas une figure locale anodine, mais une grande voix nationale du journalisme de la fin du XIXᵉ siècle. Derrière ce pseudonyme se cache Caroline Rémy de Guebhard, souvent considérée comme la première femme journaliste professionnelle en France, vivant pleinement de sa plume à une époque où la presse est un bastion masculin.
Chroniqueuse redoutée, reporter de terrain, directrice de journal, Séverine écrit là où ça dérange. Elle enquête sur la misère sociale, défend les ouvriers, prend position lors de l’affaire Dreyfus, soutient les droits des femmes, le droit à disposer de leur corps, et s’oppose à la guerre. Son style est direct, incarné, engagé. Elle ne commente pas le monde : elle s’y confronte.
Journalisme, courage et indépendance :
Ce qui frappe, en parcourant ses écrits et son parcours, c’est la modernité de Séverine. Bien avant l’heure, elle pratique un journalisme d’enquête, assume ses opinions et revendique une indépendance totale, politique comme intellectuelle. Féministe sans compromis, elle refuse les rôles assignés, s’impose dans les rédactions et devient une référence, y compris pour ses confrères.
Pourquoi alors son nom est-il aujourd’hui si peu connu, malgré ces hommages urbains à La Seyne et à Saint-Mandrier ? C’est précisément cette question qui traverse les recherches présentées par Larck Maack : comment certaines figures féminines majeures de l’histoire ont-elles glissé vers l’oubli collectif ?
Une conférence pour redonner voix à Séverine :
Ces recherches seront au cœur d’une conférence publique, proposée ce dimanche 8 février, au théâtre Daudet à partir de 16h00 à l’invitation de l’association Les Matriochkas. L’occasion de redonner chair à cette femme hors norme, de replacer Séverine dans le contexte de la Belle Époque, et de rappeler combien son combat pour un journalisme libre, courageux et féministe résonne encore aujourd’hui. Une plongée dans l’histoire, mais aussi une réflexion très actuelle sur la place des femmes dans la presse, la liberté d’expression et l’engagement journalistique. Parfois, il suffit de lever les yeux sur une plaque de rue pour ouvrir un pan entier de notre mémoire collective. Séverine en est la preuve.
Caroline Gonzales