Dans les jardins de la Maison du Patrimoine, le rideau est tombé sur la Vague Classique au terme de dix ans, de 113 concerts exceptionnels donnés par une pléiade d’artistes de renommée internationale.
C’était, ce samedi 19 septembre 2026, le tout dernier concert de la Vague Classique. Dans le jardin de la Maison du patrimoine et devant un public saisi de mélancolie, s’achevait une belle et magnifique aventure musicale commencée dix ans plus tôt.
Une fin triomphale saluée par le panache d’un jeune pianiste d’à peine 18 ans, Justus Friedrich Eichhorn, virtuose et romantique à la fois, se jouant des embûches d’un répertoire réputé difficile même pour les plus aguerris : le Concerto italien de JS Bach, la fameuse sonate au Clair de Lune de Beethoven aux triolets redoutables et la non moins délicate Méphisto-Valse de Franz Liszt.
Excellence, jeunesse et accessibilité
En 2016, la municipalité avait décidé de renforcer sa politique culturelle et le choix s’était porté tout naturellement sur la musique. C’est ainsi que Jean-Baptiste Vialatte, Maire à cette époque et Fabiola Casagrande adjointe à la Culture fondaient la Vague Classique dont Gérald Laïk-Lerda allait devenir le directeur artistique. Avec pour objectif un Festival placé sous le signe de l’excellence, de la jeunesse et de l’accessibilité.

Tous ces concerts ont contribué aussi à mettre en lumière les différents lieux où ils étaient programmés: la Collégiale, la Maison du Cygne, les jardins de la Villa Simone, le Parc de la Méditerranée et le jardin de la Maison du Patrimoine
Ce pari a-t-il été tenu ?
« Oui il a été tenu » répond Gérald Laïk-Lerda dans un entretien accordé à Matriochka.
Les meilleurs musiciens à des tarifs accessibles
« D’un seul concert en 2016, le Festival a, peu à peu, grandi passant à 10 dates l’année suivante puis 16, puis 19 et ainsi de suite pour atteindre 23 dates en 2025 et 28 dates cette année avec un taux de vente de la billetterie payante de plus de 94 % En outre, nous avions fait le choix d’offrir les meilleurs musiciens à des tarifs accessibles »
« En 10 ans, ce sont 113 concerts qui ont été organisés, ce sont plus de 50 000 spectateurs qui ont été accueillis, des dizaines d’artistes internationaux de Cécilia Bartoli à Khatia Buniatishvili, de Philippe Jaroussky à Andréas Scholl ou Rolando Villazon, de David Fray à Benjamin Grosvenor, de Nikolaï Luganski aux frères Lucas & Arthus Jussen ou Xavier de Maistre et tant d’autres comme le jeune Alexander Malofeev dont la carrière internationale « explose » aujourd’hui, Ryan Wang ou encore la jeune Arielle Beck sans oublier Renaud Capuçon ni son frère Gautier, parrain de La Vague Classique »
Et sans oublier non plus le lumineux Jean-Christophe Spinosi qui à la tête de son Ensemble Matheus a enchanté à maintes reprises la Collégiale Saint-Pierre et fait parler, entre autres, de son génie pour la musique baroque. Qui n’a pas vibré lors du récital de Cécilia Bartoli ? Qui n’a pas été ému par la belle voix de la Mezzo Soprano Marina Viotti dans Vivaldi et Haendel ?
Ce qui fait dire à Gérald Laïk-Lerda «J’ai mis tout mon cœur pour faire de Six-Fours une terre de Culture à travers, notamment, mes choix de programmation pour La Vague Classique ».
Le vrai coût du festival
Au lendemain des élections municipales est née une polémique au sujet du coût important ou non de la Vague Classique.
«Tout et n’importe quoi a été raconté sur le coût du Festival » explique Gérald Laïk-Lerda qui ajoute « Il est évident que le coût n’est pas le même quand on organise un événement musical de 10 ou encore de 28 concerts.
Par exemple, en 2025 «pour 23 concerts, le coût était de 363 190,95 €. Cette année, il devrait être autour de 450 à 480 000 €.
Bien sûr, ce sont des sommes importantes mais qui ne représentent qu’environ 1 % du budget de fonctionnement de la ville, ça ne met pas en danger les finances de la ville. C’est un véritable engagement pour une Culture de qualité accessible à tous »
En outre, oui, nous avions fait le choix d’offrir les meilleurs musiciens à des tarifs accessibles, les mêmes qui se produisent régulièrement à Verbier ou à La Roque d’Anthéron »
Des concerts dès 10 euros
« Cette saison, tous les concerts étaient accessibles dès 10 €. C’est à dire que pour moins cher du prix d’un paquet de cigarettes, vous pouviez entendre Gautier ou Renaud Capuçon, Vanessa Wagner, Nikolaï Lungaski et tant d’autres, plus de 1 000 places gratuites, un grand concert gratuit au parc Méditerranée avec Gautier Capuçon et les Capucelli et j’en passe. »
« Nous pourrions aussi évoquer notre choix en 2021 d’offrir gratuitement tous les concerts de la saison afin de permettre au public de revenir vers la musique classique et plus globalement vers la Culture après la pandémie mondiale, évoquer nos actions auprès des élèves du Conservatoire, des enfants des écoles primaires ou du centre aéré »
Une exemplarité à défendre et à promouvoir
Ainsi va le monde, ainsi va le temps.
Ce festival de musique unique dans le Var a donc vécu, en tout cas sous sa forme actuelle . Mais…
Mais quoiqu’il en soit laissons le dernier mot à Gautier Capuçon, parrain dévoué et indéfectible de la Vague Classique
Dans une interview accordée à notre confrère Var Matin avant le magnifique concert gratuit au Parc de la Méditerranée qui avait réuni le 27 août dernier plus de 5 000 personnes, il avait alors déclaré : « La Vague Classique de Six-Fours est un exemple de ce qu’on devrait faire partout. »
Un besoin d’émotions à partager
« Aujourd’hui plus qu’hier, on a besoin de culture, on a besoin de ce lien, besoin de vivre des émotions, de les partager »
« Au festival, de grands musiciens soutiennent de jeunes artistes, toujours portés par l’excellence et l’ambition car la musique classique joue un rôle fédérateur très important »
Tout est dit ou presque .
Aujourd’hui les mélomanes de Six-Fours et d’ailleurs se sentent privés injustement.
Aujourd’hui, ces jardins, parés des ors de l’automne, tellement appréciés par mélomanes et musiciens talentueux, se sentent un peu orphelins. Pour les consoler les oiseaux chantent sans jamais atteindre les vocalises de Vivaldi. Les arbres agitent avec subtilité leurs feuilles bientôt caduques, essayant vainement par leurs vibrations d’imiter le son délicat de l’âme d’un violoncelle…
François Kibler











