Des artistes longtemps invisibles : Une mémoire à reconstruire
Citer spontanément des femmes peintres reste un exercice difficile, y compris pour les passionnés d’art. Ce constat, aussi surprenant que révélateur, a conduit Jean-Pierre Malaspina à concevoir la conférence « L’art pictural au féminin », présentée ce dimanche par l’association Les Matrïochkas, dont il est membre.
Amoureux d’art depuis toujours, il évoque son propre parcours : « Je me suis toujours intéressé à l’art, sans forcément le pratiquer moi-même ». Une réflexion qui l’a amené à interroger la manière dont cette histoire a été racontée, souvent sans les femmes.
Car les femmes n’ont jamais été absentes de la création artistique. Dès la préhistoire, certaines auraient participé à la réalisation de peintures rupestres, comme le suggèrent plusieurs recherches récentes. Une présence ancienne, mais largement invisibilisée au fil du temps.
Avec les siècles, cette mise à l’écart prend des formes plus concrètes. Des œuvres réalisées par des femmes ont été attribuées à des figures masculines de leur entourage. « Le travail d’une artiste a parfois été signé du nom du père, du mari ou du frère. Il y a eu un véritable effacement », explique Jean-Pierre Malaspina.
Des œuvres enfin réattribuées
L’histoire d’Artemisia Gentileschi en est une illustration marquante. Formée dans l’atelier de son père, Orazio Gentileschi, elle développe très tôt un style puissant. Pourtant, certaines de ses œuvres ont longtemps été confondues avec celles de ce dernier, dans un contexte où l’idée même qu’une femme puisse rivaliser avec les grands maîtres peinait à s’imposer. Ce n’est que bien plus tard, grâce à des études approfondies et à l’analyse des signatures, que son travail est pleinement reconnu.
Même phénomène pour Judith Leyster : plusieurs de ses tableaux ont été attribués pendant des décennies à Frans Hals, avant que sa signature ne soit redécouverte sous une attribution erronée.
Aujourd’hui, historiens et spécialistes s’attachent à corriger ces oublis. Un travail patient, qui vise à rendre à ces artistes la reconnaissance qui leur revient. « Il existe un véritable travail pour redonner la maternité des œuvres à ces femmes », souligne le conférencier.
Il faut attendre le XIXᵉ siècle pour observer des avancées significatives. L’accès progressif des femmes à la formation artistique et à une reconnaissance institutionnelle amorce un changement, sans pour autant effacer les inégalités.
Gonzales Caroline.