Appelée longtemps « La Maison des Têtes », en raison de ses 80 gypseries, la
Maison du Patrimoine, aujourd’hui Centre d’Interprétation du Patrimoine
Métropolitain TPM, arbore au 20 de la rue Gambetta, en plein cœur du centre
ancien d’Ollioules, une façade sobre et élégante. Il suffit de pousser la porte
pour découvrir sur plus de 500 m2 et sur quatre étages, dès l’entrée, le fabuleux
joyau d’architecture de la Renaissance d’un hôtel particulier soigneusement
restauré et classé Monument Historique.
Dès que s’ouvre le seuil de cet ancien hôtel particulier, on pénètre dans un autre
monde, fait de luxe, de beauté et de sérénité.
De luxe, avec déjà cette perspective d’un escalier monumental à balustres, de beauté,
avec ces tomettes vieilles de plusieurs siècles, ces murs peints comme ceux que l’on
peut admirer dans les Palais vénitiens et cette gypserie au visage jeune et souriant,
probablement celui de la petite amie du propriétaire. C’est la première parmi les 79
autres qui ornent les plafonds des quatre étages atteints par ce monumental escalier
éclairé par une lumière douce et apaisante .
Tout commence en 1632
Nous voici au temps de la Renaissance.
« Nous ignorons tout de l’architecte de cet hôtel particulier, mais nous savons en
revanche qu’il fut acquis en 1632 par un certain Melchior Martinenq, un magistrat
toulonnais » explique Sylvie Brunati, directrice de la Maison du Patrimoine TPM qui
ajoute « Il existe, d’ailleurs, dans le centre ancien d’Ollioules une vingtaine d’autres
demeures de la Renaissance, acquises par des bourgeois aisés ».
Quoi qu’il en soit, cette maison, aujourd’hui restaurée, est une pure merveille, une
extraordinaire pépite de la Renaissance : déjà l’escalier en lui-même
avec ses voûtes d’arêtes d’époque (entièrement réhabilitées) suscite l’admiration de
par sa perfection, ainsi que, d’étage en étage, les gypseries maniéristes et
l’exceptionnelle qualité de ses décors. Autant d’atouts qui ont contribué à son
classement en Monument Historique en 1998 et à l’obtention ces jours-ci du Prix
régional des Rubans du Patrimoine.
Une demeure classée Monument Historique en 1998
Cette pépite, longtemps appelée Maison des Têtes, précisément en raison du nombre
incroyable de ses gypseries, a connu plusieurs propriétaires : magistrats, avocats,
négociants en vins, horticulteurs (Ollioules était connue pour sa production
d’immortelles), jusqu’en 1914 où un terrible incendie provoqua des dommages très
importants. L’hôtel fut ensuite dégradé davantage par un orage en septembre 1994.
La Ville d’Ollioules en fit l’acquisition en 1996 puis le transféra à la Métropole. C’est
donc sous cette entité forte des 12 communes de l’aire toulonnaise que débutèrent
les travaux de restauration, confiés en grande partie à une entreprise spécialisée des
Hautes Alpes, sous le regard vigilant de Sylvie Brunati qui apportait sa touche
personnelle, faite d’imagination et d’un bon goût remarquable comme en témoigne
l’aménagement subtil et délicat de ce site, dès l’entrée où l’on est accueilli par un
Arlequin allongé sur un canapé, jusqu’au dernier étage où l’on assiste à un spectacle
de la Comédie della’arte.
L’attrait principal, le fabuleux escalier
« Mais la pièce maîtresse de cette merveille, c’est son magnifique escalier à balustres
orné de gypseries » explique Sylvie Brunati qui ajoute « Cette demeure possède
d’autres éléments d’ornementations typiques de la Renaissance comme les putti, les
guirlandes, les animaux fabuleux, les atlantes, les frises végétales rappelant les palais
vénitiens »
Mais l’originalité de la visite (il faut compter plus de deux heures) commence non au
rez de chaussée mais au quatrième étage (un ascenseur y conduit, mais un
ascenseur plutôt surprenant), sous les combles, où le maître de maison aimait divertir
ses hôtes, et où la directrice a imaginé la reconstitution, grâce à la technique des
hologrammes, d’une Comedia dell’arte, ce genre de théâtre populaire italien né au
16ème siècle où des acteurs improvisaient des comédiens masqués par la naïveté,
la ruse et l’ingéniosité.
Le résultat de ce spectacle drôle surprend et plaît énormément au public, surtout
aux jeunes, avec Arlequin donnant la réplique à Pantalon, Cassandre à Isabelle…

Encore et encore, toutes ces gypseries, uniques
Ah, la belle vie à l’époque ! Et quel luxe ! Et que de raffinement !
Descendons un étage sous le regard d’une nouvelle série de gypseries consacrées à
l’Antiquité (César, Auguste, Néron, Vitellius, Vespasien…) en empruntant ce
magnifique escalier, véritable pièce maîtresse de cette demeure hors du temps.

Nous voici à l’atelier des gypseries où l’on vous explique cette technique issue de la
Renaissance, la finesse et le raffinement avec lesquels ont été sculptées sur du plâtre,
avec des outils proches du scalpel, ces figurines dignes des plus beaux ensembles
provençaux. Ce genre de plâtre très rare, on n’en trouve plus guère qu’à Ollioules et
dans quelques communes d’alentour.
Contigu à cet atelier, une pièce extraordinaire, le Cabinet des Curiosités, où le visiteur
se trouve plongé dans un univers très riche de collections à la fois insolites et
mystérieuses, notamment celles de Nicolas Peiresc, érudit, scientifique, astronaute et
collectionneur.

Hommage aux célébrités de l’aire toulonnaise
On descend enfin un autre étage consacré à l’hommage rendu aux célébrités de l’aire
toulonnaise, Nicolas Peiresc bien sûr mais aussi Gilbert Bécaud, Mireille Darc et
Raimu.
Autant dire que cette Maison du Patrimoine d’Ollioules mérite une bonne visite et rend
compte combien cette petite cité d’à peine 15.000 habitants mérite de figurer parmi
les vestiges de la Renaissance en Provence.
François Kibler
Maison du Patrimoine, 20 rue Gambetta, Ollioules. Du mardi au samedi de 9h30
à 12h, de 14h à 17h30. Visites guidées en français et en anglais ainsi qu’en
langage des signes. Accès aux personnes à mobilité réduite. Pour plus
d’informations, tél 04 94 93 37 30



